
Corcovado, Christ résempteur
Poème :
Le châtiment de Tartuffe >
Un tartuffe est un faux dévot, une personne qui affiche
de grands principes moraux qu'il ne respecte pas
" Le châtiment de Tartuffe " est le 7ème poème sur 22 du 1er Cahier
de Douai.
Tisonnant,
tisonnant son cur amoureux sous
Sa chaste robe noire, heureux, la main gantée,
Un jour qu'il s'en allait, effroyablement doux,
Jaune, bavant la foi de sa bouche édentée,
Un jour qu'il s'en allait, "Oremus", - un Méchant
Le prit rudement par son oreille benoîte
Et lui jeta des mots affreux, en arrachant
Sa chaste robe noire autour de sa peau moite !
Châtiment !... Ses habits étaient déboutonnés,
Et le long chapelet des péchés pardonnés
S'égrenant dans son cur, Saint Tartufe était pâle !...
Donc, il se confessait, priait, avec un râle !
L'homme se contenta d'emporter ses rabats...
- Peuh ! Tartufe était nu du haut jusques en bas ! |
LE CAHIER DE DOUAI
1er cahier
1- Première soirée
2-Sensation
3-Le forgeron
4-Soleil et chair
5-Ophélie
6-Bal des pendus
7-Le Châtiment de Tartuffe
8-Vénus anadyomène
9-Les réparties de Nina
10-A la musique
11-Les effarés
12-Roman
13-« Morts de Quatre-vingt-douze »
14-Le mal
15-Rages de Césars
2ème cahier
16-Rêvé pour l'hiver
17-Le dormeur du Val
18-Au cabaret-vert
19-La Maline
20-L'éclatante victoire de Sarrebrück
21-Le buffet
22-Ma Bohème (Fantaisie)
Plan
1-Un cur sous la soutane
2-Une religion refoulement
3-Une inspiration hugolienne
Commentaire rédigé
Ce poème est le 7ème poème du premier cahier de Douai, il a la forme d'un sonnet, deux quatrains suivis de deux
tercets en alexandrins comme les poèmes du second cahier. Il a été
écrit probablement lors de son séjour en septembre 1870 à Douai chez les demoiselles Gimbre tantes de son professeur de classe de Rhétorique Izambard. Forme contraignante, le sonnet
oppose généralement les tercets aux quatrains. Les deux tercets ne sont pas ici précédés d'un tiret, signe servant à séparer les parties d'une énumération mais un tiret précède une dernière marque de mépris, de dédain au dernier vers "-peuh !", ponctué d'un des multiples points d'exclamation.
Un cur sous la soutane
Le poème Tartufe écrit ici avec un seul f reprend> l'anticléricalisme commencé par Rimbaud dans "un cur sous la soutane".
Cette sale éducation d'enfance qu'il a reçue, voulue par
sa mère qui veut l'élever dans un catholicisme strict, et
lui fait lire chaque soir la bible, le 'livre du devoir". Dans "un
cur sous la soutane", Rimbaud nous présente les confidence
d'un séminariste Mr Léonard amoureux d'une
jeune fille Thimothina Labinette dont il ne pouvait un
an après se séparer des chaussettes qu'elle lui avait offert.
Les souvenirs de séminariste lui rappellent ses
cours de rhétorique, l'art de persuader, avec
son professeur Izambard, cours qui étaient communs aux élèves laïcs en blouse et aux
élèves en soutane. Il nous dit ici dans
ce poème l' aversion, le mépris,
le dédain, pour le représentant de l'église qu'il
ressentait déjà pour ces élèves en soutane,
hypocrites, dénonciateurs auprès du supérieur, moqueurs
décrit dans "un cur sous la soutane".
Une religion refoulement
Si le catholicisme mérite tant pour Rimbaud d'être ainsi "châtié",
c'est parce que la religion qui contribue à renforcer
un ordre social injuste est aussi coupable du refoulement du corps et de la sexualité. La religion ment,
elle opprime les pauvres qui "bavent une foi mendiante et stupide"
en guise de prière. La religion si elle leur apporte un peu de
réconfort ne les soulage en rien de leurs difficultés,
mais leur apporte un sentiment de culpabilité,
de refoulement de leur corps et de leur sexualité. Notre clerc
qui tisonne pour rallumer son cur généreux est pris
à son propre piège de la chasteté.
L'église est un obstacle aux expériences sexuelles et va
à l'encontre des appétits naturels. Rimbaud se venge du
sup** d'un cur sous la soutane qui l'avait convoqué et "craché"
sur sa poésie" en chuchotant des "orémus".
Il inverse les rôles, en violentant le représentant de la
religion, en le ridiculisant en le mettant nu. Cette violence peut paraître
bien facile mais elle n'est pas gratuite car notre poète range
le catholicisme à coté de la bourgeoisie à bedaine
soucieuse de l'ordre social établi responsable des asservissements,
freinant les instincts naturels, les élans vitaux. On se souvient
du reproche des "jambes trop écartées" d'un cur
sous la soutane. A travers la religion, Rimbaud se révolte contre
une société déchue, étouffante dont la religion est un des piliers.
Une inspiration hugolienne
Pour tout lecteur habitué au ton méprisant de Rimbaud, si notre poète traite ici à sa façon
son aversion pour les représentants de l'église
qu'un méchant tire par l'oreille et dénude,
il joue sur l'ambiguïté. Châtiment
rappelle trop Hugo et ses démêlés avec Napoléon
III pour que chacun puisse admettre que le tartufe n'est
autre que Napoléon III. Pour
rendre l'analogie encore plus vraie, il reprendra dans son dernier vers
le texte du Tartuffe de Molière dont il retirera
un f. Rimbaud craint que l'humanité et donc lui
même ne fasse les frais de tous ces "châtiments"
qui ravagent le monde et il n'a pas envie de finir au "gibet noir"
du "bal des pendus".
Conclusion
Rimbaud avait écrit "je serai parnassien", mais par son
inspiration, ses thèmes, il se situe aux antipodes du Parnasse car sa poésie est directement et >politiquement engagée. Dans le châtiment de Tartufe, c'est un Rimbaud ricanant qui s'attaque
à l'un des piliers de l'ordre social, la religion qui constitue
un frein aux énergies. Notre apprenti poète de dix-sept
ans, encore bien sage, nous apparaît plus comme un enfant frustré qu'il renvoie sur la religion en frustrant son représentant
de ses signes extérieurs. Vocabulaire
Tartuffe
Faux dévot, personne qui affiche
des grands principes moraux auquels elle ne se comporte pas.
Sonnet
Poème de quatorze vers composé de deux quatrains et de deux tercets et soumis à des règles fixes pour la disposition des rimes. Le sonnet est apparu en Sicile au XIIIème siècle et a été popularisé par les poètes italiens dont Pétrarque, Dante. Il a été repris par les poètes de la Renaissance dont Ronsard. La structure des quatres rimes la plus habituelle chez les français : la rime marotique au XVIème ABBA ABBA CCD EED puis on change l'ordre du dernier tercet avec les rimes françaises des XVIè-XIXème ABBA ABBA CCD EDE.
Avec Shakespeare (XVIe-XVIIe) nous avons des sonnets avec trois quatrains et 1 distique (2 vers).
Baudelaire utilisera toutes les variations.
Douai
60000 habitants, chef lieu d'arrondissement du Nord sur
la Scarpe dans la banlieue de Lens, à côté de Valenciennes,
à 70 Km de Charleville.
Aujourd'hui >Charleville-Mézières, chef lieu de département des Ardennes sur la Meuse 60000 habitants. Rimbaud y naquit en 1854 (mort à Marseille en 1891 à 37 ans).
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