
Incendie de Paris en 1871 sous la Commune par les "Pétroleuses", on dirait des tableaux de Corot
Poème : Chant de guerre parisien
La Commune de Paris est le Gouvernement révolutionnaire municipal formé lors de l'insurrection
du 18 mars 1871
"Chant de guerre parisien" est le 29ème poème sur 44 du recueil "Poésies"
Le poème est précédé de cet avertissement
"J'ai résolu de vous donner une heure de littérature nouvelle. Je commence de suite par un psaume d'actualité.".
Le Printemps est évident, car
Du cœur des Propriétés vertes,
Le vol de Thiers et de Picard
Tient ses splendeurs grandes ouvertes
Ô Mai ! quels délirants culs-nus !
Sèvres, Meudon, Bagneux, Asnières,
Écoutez donc les bienvenus
Semer les choses printanières !
Ils ont schako, sabre et tam-tam,
Non la vieille boîte à bougies
Et des yoles qui n'ont jam, jam...
Fendent le lac aux eaux rougies !
Plus que jamais nous bambochons
Quand arrivent sur nos tanières
Crouler les jaunes cabochons
Dans des aubes particulières !
Thiers et Picard sont des Éros,
Des enleveurs d'héliotropes,
Au pétrole ils font des Corots
Voici hannetonner leurs tropes...
Ils sont familiers du Grand Truc !...
Et couché dans les glaïeuls, Favre
Fait son cillement aqueduc,
Et ses reniflements à poivre !
La grand'ville a le pavé chaud,
Malgré vos douches de pétrole,
Et décidément, il nous faut
Vous secouer dans votre rôle...
Et les Ruraux qui se prélassent
Dans de longs accroupissements,
Entendront des rameaux qui cassent
Parmi les rouges froissements ! |
Poésies
1- Les étrennes des orphelins
2-Sensation
3-Soleil et chair
4-Ophélie
5-Bal des pendus
6-Le Châtiment de Tartuffe
7-Le forgeron
8-A la musique
9-Morts de Quatre-vingt-douze et 93
10-Vénus anadyomène
11Première soirée
12-Les réparties de Nina
13-Les effarés
14-Roman
15-Le mal
16-Rages de Césars
17-Rêvé pour l'hiver
18-Le dormeur du Val
19-Au cabaret-vert
20-La Maline
21-L'éclatante victoire de Sarrebrück
22-Le buffet
23-Ma Bohème (Fantaisie)
24-Les corbeaux
25-Les assis
26-Tête de faune
27-Les douaniers
28-Oraison du soir
29-Chant de guerre parisien
30-Mes petites amoureuses
31-Accroupissements
32-Les poètes de sept ans
33-L'Orgie parisienne ou Paris se repeuple
34-Le coeur du pitre
35-Les pauvres à l'église
36-Les mains de Jeanne-Marie
37Les soeurs de charité...
38-Voyelles
39-L'étoile a pleuré rose au..
40-Le juste restait droit..
41-Ce qu'on dit au poète à..
42-Les premières communions
43-Les Chercheuses de poux
44-Le bateau ivre
PLAN
1-Un pamphlet contre les Versaillais
2-Une poésie de parodie
3-L'espoir de la commune
Commentaire rédigé
Ce poème "Chant de guerre parisien" est le 29ème poème de Rimbaud. Il est inséré dans la
lettre dite "du voyant" du 15 mai 1871 avec "Mes petites
amoureuses" et "Accroupissements". Rimbaud réécrit
à sa façon le "Chant de guerre circassien"
de Coppée. Au
début de 1871, l'année de la Commune on assiste chez le
jeune adolescent à une maturité qui s'accompagne d'une prise
de conscience politique, "je est un autre". Dans ce poème
Rimbaud ne fait pas seulement les louanges du printemps révolutionnaire de la Commune de Paris (18 mars-28 mai 1871), mais il
écorche la poésie bucolique et sentimentale des romantiques et parnassiens, le printemps des fleurs et de
l'amour, évident en ce début de poème. Dans
la lettre qui accompagne le poème, Rimbaud dit nous donner avec
les deux autres poèmes, une heure de littérature
nouvelle en chantant les louanges des Communards parisiens face
aux représentants du pouvoir retranchés à Versailles.
1-Un pamphlet contre les versaillais
Si le Le printemps est évident,
c'est le printemps de la commune, une expérience de démocratie
citoyenne originale. Nous avons un indice sur la date des événements,
le printemps 1871 plus précisément le 18 mars 1871 journée tragique au cours de laquelle Thiers voulant
récupérer les 200 canons récupérés
aux Gobelins et entreposés à Montmartre manque de chevaux, ce qui laisse le temps aux parisiens qui ont payé ces canons de se réunir, se soulever, et tuer deux généraux.
Thiers renonce et le gouvernement se retire à Versailles,
non par un vol en ballon comme Gambetta quittant Paris
quelques mois plus tôt. Ils laissent leurs luxueux appartements parisiens, les splendeurs grandes ouvertes. Mais les fédérés,
les communards qui croient possible un renversement de l'armée
à leurs idées veulent aller à Versailles. Ils essuieront
en chemin des tirs d'artillerie en différents endroits, Chatillon,
Asnières, Courbevoie, Neuilly, Vanves. Les noms cités par
Rimbaud, sont plus courts mais aussi plus poétiques. Quels délirants culs-nus, que ces ouvriers, ces sans culottes révolutionnaires.
Délires rassemble plusieurs poèmes des illuminations, le
délire, c'est la folie qu'on enferme au sein de soi-même.
Les bienvenus, ce sont théoriquement les versaillais,
l'armée régulière de Thiers qui sèment des
obus, les choses printanières, sur les communards qui occupent
certains forts de la région parisienne. Si Rimbaud avec Verlaine
furent les seuls à afficher une sympathie pour
la commune de Paris, les autres écrivains comme Victor Hugo ont
adopté une neutralité ou pour la majorité s'y est
opposé. Dans ce poème Rimbaud affiche une sympathie, sans
plus, pour ce mouvement. Rimbaud égratigne cette pauvre armée
régulière de Versaillais, objet de toute les risées
pour les habitants qui restent calfeutrés chez eux mais s'amusent
de ce spectacle d'hommes qui croulent sous leur équipement trop
lourd et totalement inefficace. Leurs obus ne fauchent que quelques herbes.
Étrange armée que cette armée d'occupation, avec
ses casquettes, le Schako, des armes blanches, des sabres
et des tambours, les Tam-tam. Non les vieilles boites boites à
bougies peut se comprendre qu'il n'ont plus d'armes avec lesquelles il
fallait allumer une mèche comme une bougie. C'est une armée oisive et qui doit être secouée, occupant
son temps à ramasser des hannetons, ou à
faire du canotage dans le bois de Boulogne. Rimbaud égratigne
au passage, le Ministre des affaires étrangères Favre qui a signé la reddition après la défaite de Sedan,
et qui se repose ici en toute innocence au milieu des
fleurs mais pleure sur les désastres en faisant venir ses
larmes avec du poivre. Pendant ce temps à Versailles,
les députés, en majorité de la campagne, des ruraux,
des cul-terreux en opposition aux parisiens, les communards
se détendent de leur immobilisme forcé, par quelques exercices d'assouplissement, a peine entendent-ils les quelques
bruits de branches cassées par les obus.
2-Une poésie de parodie
Rimbaud emprunte le titre en le
modifiant légèrement au Parnassien François
Coppée, qui dans son poème "chant de guerre
circassien" défendait avec ardeur les institutions militaires
religieuses et sociales. Dans son poème Rimbaud prend le parti
des révolutionnaires, des "fédérés"
et critique violemment le pouvoir en place. Notre jeune poète ne manque jamais d'ironie pour jouer sur les mots par un jeu de métaphore. Thiers et Picard
sont comparés à Eros, le fils d'Aphrodite qui s'éprit
et enleva Psyché. Les canons de Thiers et Picard ne parviennent
qu'à supprimer quelques fleurs, celle qui suivent le soleil, qui
leur tendent les bras. Rimbaud ironise sur les tics des
personnages, sur les pleurs hypocrites du Ministre Favre avec ses reniflements
à poivre qui sont des pleurs provoquées. Le mot vol est
aussi à double sens, il peut représenter un envol ou un
larcin.
3-L'espoir de la commune
Si Rimbaud est bien arrivé à Paris fin avril, et c'est loin
d'être attesté, après 7 jours de marche selon Delahaye et enrôlédans la commune, cette participation n'a pas duré
très longtemps, huit jours tout au plus car dès
13 mai il est de retour à Charleville. S'il est
évident qu'il vient de découvrir à 17 ans la citoyenneté,
il éprouve une certaine haine contre la société
bourgeoise et ses valeurs établies, sa sympathie pour
la condition ouvrière est avant tout celle de de la conquète d'une liberté
qui est opprimée, de l'union des cœurs, de l'amour universel qu'il
recherche. Cela correspond à une période difficile de son
adolescence, il est en pleine révolte, anarchiste, se met à
boire, scandalise, c'est le dérèglement des sens. L'enthousiasme de Rimbaud à l'établissement
de la Commune de Paris, se résume à une seule phrase, "l'ordre
est vaincu", l'ordre, la victoire n'est pas restée au
pouvoir qui a rebroussé chemin. C'est surtout la victoire de l'instinct d'un peuple fut-il parisien, s'attaquant aux structures en place
que Rimbaud voulut saluer.
Conclusion
A travers des portraits caricaturistes et satiriques
de l'ordre social en place incarné par Thiers, Picard et Favre,
Rimbaud nous fait un pamphlet assez cinglant contre les Versaillais qui bombardent la région parisienne. Mais Rimbaud est
un idéaliste qui croit en une nouvelle vie qui passe inévitablement
par la révolte contre une société déchue et
étouffante. Se révolter, c'est avant tout pour Rimbaud exister,
trouver en soi l'élan vital que freine la société.
Il va même jusqu'à apostropher les Versaillais endormis "Et
décidément, il nous faut vous secouer dans
votre rôle" leur lance-t-il. Rimbaud veut montrer qu'il a le
courage de se révolter pour se libérer des contraintes de la morale traditionnelle. Un an plus tard dans "Chanson de la
plus haute tour" il écrira "Oisive jeunesse/A tout asservie/
Par délicatesse/J'ai perdu ma vie/Ah ! Que le temps vienne/Où
les cœurs s'éprennent". Ce printemps des cœurs fut hélas bien vite réprimé.
Vocabulaire
Commune de Paris
Gouvernement révolutionnaire municipal formé lors de l'insurrection
du 18 mars 1871. Les parisiens occupés par les prussiens accusait
Thiers réfugié à Versailles de pactiser avec l'ennemi.
Les "Versaillais pénétreront dans Paris le 21 mai,
ce sera la semaine sanglante, les communards, "les fédérés"
incendient des monuments avec des bombes à pétrole lancées
par des femmes "les pétroleuses". Il y aura 20.000 morts.
Psaume
du gr. psalmos qui fait vibrer.
Chant des liturgies juive et chrétienne.
Propriétés vertes
Ce sont des propriétés vertes de Passy, peut-être le parc de Versailles
Thiers
Chef du pouvoir exécutif depuis le 17 février 1871.
Picard
Ernest Picard (1821-1877) est le Ministre de l'intérieur de Thiers, le Ministre de l'intérieur est chargé de la sécurité. Picard en janvier 1871 fut chargé par Favre de négocier la capitulation. Thiers l'appela pour le Ministère de l'intérieur 1 mois plus tard. Les Eros représente une caricature de Thiers, Picard et le Ministre des affaires étrangères Favre sous les traits de trois grâces.
Cul-nus
Cela rappelle les sans culottes de la révolution
Sèvres-Meudon-Bagneux-Asnières ville de l'ouest parisien autour de Versailles, aujourd'hui les Hauts de Seine.
Schako
casquette à visière des soldats de Napoléon III
Yole
embarcation légère propulsée à l'aviron
Jam Jam...
Chanson populaire, il était un petit navire qui n'avait jam, jam, jamais navigué.
Bambocher
Faire la noce
Tanière
Logis misérable, taudis
Cabochons
De caboche, caput, la tête,
les cabochons jaunes sont les casques des versaillais.
Eros
Attention au jeu de mots avec la liaison du s de des
Eros/Héros/Zéros.
Héliotrope
Du grec helios et tropos, soleil et direction. Plante qui suit le soleil comme le tournesol.
Corot (Camille)
Peintre français paysagiste (1796-1875) annonciateur de l'impressionnisme, ses tableaux avait une dominante rouge.
Hannetonner
Ramasser le hannetons,
chose facile, on les gardait dans des boites qu'on emmenait à l'école (je l'ai fait, pardon...)
Tropes
C'est de l'ancien français, vieux mot qui désigne les troupes.
Truc
Une multitude d'interprétation, jeu de mot avec Turc, emprunté à Coppée. Grand truc, machin, représente l'ordre ou son représentant (ONU).
Cillement acqueduc
Acqueduc, qui amène l'eau.
Jeu de mot, le ministre Favre avait la larme, le sanglot facile, des pleurs d'hypocrite, des reniflements.
Douches de pétrole
Ce sont des bombes à pétrole, incendiaires.
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