
Peupliers de Monet. Monet habitait Vetheuil sur les bord de la seine et peignait soit des berges, soit sur un bateau-atelier. La courbe de la Seine donne de la perspective et de la valeur au tableau conjuguée à l'arrière plan, son village avec son église tout petit.
Larme
Loin
des oiseaux, des troupeaux, des villageoises,
Je buvais, accroupi dans quelque bruyère
Entourée de tendres bois de noisetiers,
Par un brouillard d'après-midi tiède et vert.
Que pouvais-je boire dans cette jeune Oise,
Ormeaux sans voix, gazon sans fleurs, ciel couvert.
Que tirais-je à la gourde de colocase?
Quelque liqueur d'or, fade et qui fait suer.
Tel, j'eusse été mauvaise enseigne d'auberge.
Puis l'orage changea le ciel, jusqu'au soir.
Ce furent des pays noirs, des lacs, des perches,
Des colonnades sous la nuit bleue, des gares.
L'eau des bois se perdait sur des sables vierges,
Le vent, du ciel, jetait des glaçons aux mares...
Or! tel qu'un pêcheur d'or ou de coquillages,
Dire que je n'ai pas eu souci de boire |
Plan
1-Une versification libre
Des rimes sur des vers distants
le vers impair, l'hendécasyllabe
A la limide de la prosodie
2-L'influence verlainienne
Une identité avec le paysage
Une dissolution et une disparition
Commentaire rédigé
Le poème "Larme" de mai 1872 est le second poème du recueil "Vers nouveaux".
On analyse dans ce poème le chemin parcouru par la rime sous l'influence de Rimbaud. On cherche une rime là où il n'y en a pas ou on en trouve une sur un vers distant. Cela donne ce poème une apparence presque prosaïque. On glisse d'une suggestion à une autre.
Une versification libre
Dans une première analyse du poème on cherche les rimes, il n'y en a pas. On découvre des rimes internes entre oiseaux et troupeaux, des rimes entre des vers distants, villageoise et Oise, vert et couvert, mares et gares, soir et boire. Dans ce poème, le bohémien de la route ne recule plus devant l'usage exclusif de ce mètre exceptionnel qu'est l'hendécasyllable, vers de 11 syllabes déjà utilisé dans Michel et Christine (Zut alors, si le soleil quitte ces bords !) dont les exemples fourmillent dans les Romances de Verlaine. Cette forme de vers, une succession d'alexandrins estropiés donne une sensation boitillante et impressionniste à un buveur dont l'identité se fond dans un paysage qui perd ainsi la netteté de ses lignes et de ses contours. On sait la place importante de la nature chez Rimbaud, une nature non statique mais associée au courant du poème où elle intervient comme force créatrice. Rimbaud ne se contente pas de l'observer, il l'absorbe en la buvant, pour mieux la palper, en respirer les étrangetés minuscules.
L'influence Verlainienne
En mai 1872, Verlaine et Rimbaud battent la campagne. L'influence Verlainienne
ne se limite pas à un simple apprentissage de techniques prosodiques mais Rimbaud comme son compagnon dissipent leur moi dans l'indétermination
d'un espace rural ou urbain, ici les rives d'un fleuve l'Oise, lieu de
villégiature estival préféré de nombreux parisiens.
Ce qui surprend dans la position du personnage c'est la position accroupie,
inconfortable, comme pour se fondre avec la nature. Inlassablement, de
poème en poème se module le thème de l'eau, élément
de fusion (l'eau et le sel) particulièrement propice aux métamorphoses
et aux métaphores. L'eau revient souvent chez Rimbaud, c'est l'eau
des origines, l'eau de la mémoire, celle des larmes de l'enfance.
Ici tout se dissout, tout flotte, la rime, ce bijou d'un sou, se dissout
en assonances, les allitérations glissent. A la fluidité
ténue de l'impair verlainien, s'ajoute l'effacement quasi total
du narratif, la dissolution des structures discursives. Les mots du poème, oiseaux, troupeau, brouillard, orage sont des mots vagues qui flottent
ou apparaissent flous. La scène initiale nous montrait un buveur
éloigné de toute présence humaine ou animale qui
voit l'eau fondre sur lui et disparaître dans le sable. Ici la forme
a disparu comme le sel s'est dissout dans l'eau, les éléments
ont perdu leurs caractéristiques, leurs contraintes, tout est incertitude,
il s'agit d'exsuder leurs latences et de prolonger leurs ondes et leurs
échos dans l'imaginaire et la mémoire. Rimbaud s'évanouit
dans la fraîcheur de l'orage, dans le brouillard tiède et
vert et se fond dans les sables. Seule la parole émerge du silence.
A travers ce poème , c'est l'inextinguible soif de bonheur, d'éternité
et l'irrémédiable dérision de leur quète qui
est ici retracée.
Conclusion
Exilé de son rêve, contraint d'enterrer son imagination et ses souvenirs, Alchimie du verbe reprendra en le modifiant ce poème, témoin d'une saison en enfer avec son compagnon Verlaine.
Vocabulaire
Hendécasyllabe
Se dit d'un vers qui a 11 syllabes
Loin/ des/ oi/seaux, /des/ trou/peaux,/ des /vil/la/geoises.
Prosodie
Ensemble des règles et usage du compte syllabique dans la poésir française
Prosaique
Ecrit en prose
Prosateur
Auteur qui écrit en prose
La liste des poèmes des "Derniers vers" qui suivent "Poésies"
Qu'est-ce que pour nous, mon coeur, que les nappes de sang...
Larme (mai 1872)
La rivière de Cassis
Comédie de la soif
1. Les parents
2. L'esprit
3. Les amis
4. Le pauvre songe
5. Conclusion
Bonne pensée du matin
Fêtes de la patience
1.Bannière de mai
2. Chanson de la plus hauite tour
3.Eternité
4 Age d'or
Jeune ménage
Plates-bandes d'amarantes...
Est-elle aimée ? ...aux premières heures bleues...
Fêtes de la faim
Entends comme brame...
Michel et Christine
Honte
Mémoire
Ôn saisons, ô châteaux...
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