29/12/2014 Accueil
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Les idées politiques de Rimbaud

George Sand
ARTHUR RIMBAUD
1854-1891
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Bibliographie
Biographie
Chronologie


Rimbaud, une vie avec son frère aîné, Frédéric et ses 2 jeunes sœurs, Vitalie et Isabelle nées en 58 et 60, à la campagne dominée par la mère, Marie-Catherine.
Rimbaud, né en 1854, à Charleville, 13 rue Bérégovoy, un an après le mariage de ses parents en 1953, est éduqué dans une famille de petits propriétaires terriens. Sa mère ( Marie Catherine Vitalie Cuif, paysanne née à Roche, 30 kms Sud-ouest de Charleville-Mézières), tient de ses parents une ferme à Roche qu'elle doit "faire valoir". La piété, les principes d'économie, la rigueur morale, le Devoir règlent la vie quotidienne (La mère Rimb., une mère rigide et soucieuse d'éducation et de respectabilité qu'il surnommait "maman fléau". A 7 ans, il doit s'installer avec sa mère, son frère et ses trois sœurs, dans un taudis de Charleville. Malgré sa pauvreté, la mère d'Arthur est sévère, empêchant ses enfants de fréquenter les enfants d'ouvriers, allant à l'église tous les dimanches. Rimbaud, enfant, intègre d'abord les principes au point de se faire parfois le champion de la bonne cause. Il s'imprègne des grands textes de la religion et suit le catéchisme, va à la messe avec sa mère, ses sœurs et son frère. Peu à peu, il rue dans les brancards et récuse les modèles proposés. Lorsqu'il a 10 ans et qu'on lui demande ce qu'il veut faire, il répond : "Je veux être rentier"et ne cessera de poursuivre à travers ses pérégrinations en Abyssinie le moment lointain où il rentrera au pays, fortune faite. Arthur Rimbaud est un élève très doué et exceptionnellement précoce, surtout en français et en latin, d'ailleurs il remporte le concours général de latin à 15 ans en 1869, une sorte de revanche sur son enfance. Il devient l'ami de son professeur de rhétorique Georges Izambard, un peu plus âgé que lui, en 1870. Izambard lui fournit des livres et devient son protecteur. A 16 ans il commence à écrire des poèmes, "Les Etrennes des Orphelins", "Soleil et Chair" et "Ophélie". Il s'inspire du Parnasse, mouvement naissant en réaction au "Romantisme". Rimbaud, à 16 ans, voit son premier poème "Les étrennes des orphelins" publié dans La "Revue pour tous" en janvier 1870. Il se sent alors de plus en plus mal à Charleville. Lorsque la Commune de Paris (18 mars-18 mai 1871) se soulève contre la capitulation face à l'armée prussienne par la signature de l'armistice le 26 janvier 1871, Arthur décide de rejoindre Paris pour y devenir journaliste. Déjà le 29 août 1870, "l'homme aux semelles de vent" avait fugué pour la 1ère fois, mais arrivé à Paris, il est arrêté et incarcéré à la prison de Mazas. Libéré le 5 septembre 1870, il sera accueilli chez ses tantes et rédigera "Les cahiers de Douai". Rimbaud reviendra à Paris, l'année suivante, le 25 février 1871, juste après la fin de la guerre franco-allemande qui aura duré 7 mois, le 29 janvier. Rimbaud revient à Charleville le 10 mars, 8 jours avant le début de la Commune de Paris. On ne sait pas s'il s'est engagé avec les francs-tireurs entre avril et mai 1871, mais dès le départ il prend pari pour les insurgés et commence à écrire ses poèmes "communards". Le 10 juin 1871, Rimbaud demande alors à Paul Demeny de détruire "Les cahiers de Douai". C'est à l'été 1871 qu'il va rencontrer Verlaine.
Les cahiers de Douai, les premiers poèmes
Rédigé après sa première fugue à Paris d'août 1870, chez les tantes d'Izambard, qui l'ont accueilli, le recueil "Les cahiers de Douai" contient les premiers poèmes de Rimbaud emprunt de sensibilité personnelle. Par un choix poétique, Rimbaud met en scène la pauvreté, l'enfance démunie, les orphelins affamés. Rimbaud reprend à son compte un topique littéraire (lieu commun) : "Les Pauvres gens" de Victor Hugo, les petites vieilles abandonnées de Baudelaire, le peuple laborieux, des thèmes qui inspirent une certaine frange progressiste de la poésie, et abondent dans les recueils de récitation scolaire. " Les Étrennes des orphelins", "Les Effarés" sont les poèmes les plus étudiés aujourd'hui dans les écoles.
La province, la laideur, les conventions, "l'atroce Charlestown"
Mais l'histoire va se charger de transformer cette inclination vers ces thèmes touchants, en analyse socio-politique et en attaques virulentes contre les auteurs de l’idéologie du Travail, la Famille, la Patrie, des crédos chers à la bourgeoisie catholique.
Sur le travail, Rimbaud refuse violemment de se mettre au travail des champs, de devenir, comme sa mère le souhaite, employé dans une administration. Il fera quelques concessions à sa mère, très éphémères, en cherchant du travail dans des journaux mais sans jamais en trouver durablement. Il donnera à Londres, à Stuttgart, des cours de français pour vivre, puis signera des contrats commerciaux et se jettera ensuite à corps perdu dans des commerces et des expéditions aventureuses. Rimbaud veut revaloriser le travail intellectuel, "La main à plume vaut la main à charrue", sa curiosité est insatiable et il s'abîme dans le travail de création sans pouvoir faire autrement. Sa paresse, son esprit bohème, son esprit voyou, pipe à la bouche, provocateur, injurieux, 'encrapulé" est un trait de Rimbaud aussi important que celui de l'enfance et de ses enchantements, ou même du bon élève qu'il faut d'abord. Cet esprit de révolte, Rimbaud le cultivera comme un mythe, comme une élégance d'artiste. La famille, on l'a vu, est perçue comme un univers étouffant. Dans "Mémoire", "Mauvais sang", la séparation du père et de la mère et la rigueur maternelle condamnent Rimbaud au doute, à la solitude, à une marginalité coupable. Il n'y a pour lui de "bonne famille" que celle que l'on choisit, de préférence spirituelle. Mais, dans les faits, Rimbaud est très attaché à sa mère et à ses sœurs. La patrie le dégoûte. La guerre franco-allemande de 1870 amène les Prussiens jusqu'à Charleville, mais Rimbaud ne voit pas l'occupant comme l'ennemi à abattre, il ne va plus à l'école, se félicite de l'animation que mettent dans la ville les soldats allemands, ironise sur le siège de Mézières et ne voit dans les combats proches que des obstacles à ses fugues. Mais la guerre qu'il traitera dans plusieurs poèmes dont "Le Mal" et "Le dormeur du val", l'amène à réfléchir sur l'injustice sociale, la nature du pouvoir, l'oppression des peuples par les États, les soldats encore enfants qui meurent. Rimbaud va s'inspirer des caricaturistes de la Presse pour exploiter les contrastes, forcer le trait jusqu'à la charge. "Le Mal", " L'Éclatante Victoire de Sarrebruck" sont des poèmes anti-nationalistes écrits par un Rimbaud au regard désabusé. Le Paris révolutionnaire de la Commune devient le Paris de la liberté opprimée que l'on observe dans "Chant de guerre parisien" et "Orgie parisienne".
Rimbaud et la commune de Paris
L'insurrection de la Commune de Paris (18 mars-28 mai 1871) contre la capitulation devant l'invasion prussienne soulève l'enthousiasme de Rimbaud. Il se mêle aux événements, s'en informe par les journaux depuis Charleville. En 1871, il multiplie les allers-retours entre Charleville et Paris et en avril 1871, il a peut-être été incorporé dans les "Francs tireurs" de la Révolution. La violence de ses réactions éclate immédiatement en poèmes après la semaine sanglante de la Commune (21-28 mai 1871), qui sont autant d'invectives contre le pouvoir en place. Il traite, dans une lettre du 17 avril 1871 à Demeny, les assiégeants de "hargneux pourris". De cet épisode de mai 1871, date "Paris se repeuple", renommé "L'Orgie parisienne" car "orgie" est le terme utilisé par les anti-communards pour condamner les insurgés, vus comme des bêtes déchaînées (Les orgies pleurent leur ancien râle aux anciens lupanars, vers 73). Rimbaud s'y déchaîne dans l'injure. Quoi qu'il en soit, la véhémence y est à son comble et il ne fait aucun doute que les lâches qui repeuplent Paris, les Versaillais (Les Versaillais sont les royalistes, la bourgeoisie d'affaire et des conservateurs provinciaux, favorables à la paix rapide avec l'Allemagne, retirés à Versailles) sont des nantis qui rentrent dans la capitale pour réprimer le mouvement. "Les Mains de Jeanne-Marie" qui suit "L'orgie parisienne" est tout à la gloire des femmes de la Commune. Rimbaud, dans une correspondance, annonce qu'il lit avec enthousiasme " les fantaisies admirables de Jules Vallès et de Vermersch" au "Cri du peuple". Il faut parfois se livrer à un véritable décodage pour retrouver le contenu révolutionnaire parfois très imprécis, de certains poèmes. Nous sommes au temps de la Commune, une période de répression, d'arrestations et de déportations. La censure est partout. Il faut, pour cette période, lire Rimbaud sur plusieurs plans sémantiques simultanés et liés. Dans ce contexte politique, "Le cœur supplicié" qui débute les poésies 1970-1971 et qui met en scène le narrateur vomissant à la poupe d'un bateau et qui sous entend qu'il vient de subir une sodomisation est en fait une mise en scène de la ville violée dans le chant de douleur parisien. La lettre qui contient "Le Cœur supplicié" montre les hésitations du jeune homme enfermé dans une vie médiocre et dégradante et de s'y complaire alors que ses convictions politiques, l'idée qu'il se fait de la poésie devrait le porter vers la bataille de paris ou tant de travailleurs meurent.
Rimbaud se veut alors réaliste et cru, le ton change et s'éloigne de toute poésie policée. Rimbaud ne craint pas le mauvais genre, il multiplie les écœurements, les ventres, les derrières, les puanteurs. Son vocabulaire devient scatologique et scabreux (ô femme, monceau d'entrailles, de "Les sœurs de charité", tas de chiennes en rut mangeant des cataplasmes, ulcère puant, geignant sur vos entrailles, syphilitiques d'Orgie parisienne"). En révoquant l'écriture passée, la "vieillerie poétique", Rimbaud développe dans ses poèmes communards une violence contre les nantis, les défenseurs et profiteurs de la situation politique. Rimbaud en dépeint les représentants dans des situations grotesques, comme le prêtre dans "Accroupissements" qui se soulage, les douaniers, des lâches, le personnel des bibliothèques, des assis, les dirigeants, Thiers et Picard, des Eros, jeu de mot pour zéros du "Chant de guerre parisien" ou les gloutons de "L'orgie parisienne". La cité qui dégorge ses bourgeois et les notables qui s'empiffrent dans "Orgie parisienne" peut apparaître vulgaire. "Oraison du soir" parachève le sacrilège qui associait prière et excréments, dans "Accroupissements". Rimbaud ne ménage pas cependant les jeunes filles, "Jai dégueulé ta bandoline (brillantine), noir laideron, répété plusieurs fois dans le poème "Mes petites amoureuses.
Rimbaud socialiste ou révolutionnaire ?
Selon Delahaye, Rimbaud rêvait depuis l'âge de 13 ou 14 ans, à la destruction violente de la société. Ses sympathies pour les ouvriers entrevues dans "Le forgeron", ne l'empêchent pas se placer au dessus de la révolte. Il sera, lui, le voleur de feu, car il s'agit de placer la poésie "en avant" de l'action et il travaille à se rendre voyant. Ce qui paraît établi, c'est un Rimbaud anticlérical qui rejette dans ses oeuvres, violemment, l'action de l'Église, sa dérive loin du message christique, ses cérémonies, son alliance objective avec le pouvoir et l'exploitation. Quant aux religions, il s'interroge sur leurs présupposés idéologiques, leurs conséquences historiques, les attitudes et les comportements qu'elles génèrent. La dénonciation des méfaits de la religion chrétienne dans "Les Premières Communions" transforment l'élan d'amour en un pseudo-amour mystique qui est une déviation des instincts. Si l'on en croit Une saison en enfer et les Illuminations, il rejette la morale de la faute et de la rédemption, récuse le Dieu punisseur de la Bible, le péché originel, la culpabilité humaine. Il leur oppose l'Orient, une philosophie religieuse plus apaisée. Son oeuvre ne fournit d'autre réponse que l'apologie de la révolution, le contre-déluge qui doit recréer un monde humain, d'amour universel, avec le salut des exclus. Son génie poétique, tel qu'il l'envisage, apparaît comme une alternative au Christ. Le seul mot d'ordre clair que toute l'oeuvre martèle c'est que " l'amour est à réinventer", un amour total, qui englobe l'amour chrétien, révolutionnaire comme l'ont bien compris les surréalistes. Jamais Rimbaud ne changera d'avis sur les conditions matérielles qui sont faites à l'amour et à l'existence dans cette société. Si le thème de la révolte se module dans les poésies, se révolter pour Rimbaud pourrait être en soi suffisant car cela équivaut à affirmer orgueilleusement son identité, son être. Mais notre poète ressent le besoin de se justifier en se fixant un but, l'appel au bouleversement politique et l'aspiration à un autre univers ou rayonnerait l'amour. La révolte de Rimbaud est une révolte contre l'ordre établi mais aussi un espoir dans la vie.
"Quand irons-nous, par-delà les grèves et les monts, saluer la naissance du travail nouveau, la sagesse nouvelle, la fuite des tyrans et des démons, la fin de la superstition, adorer-les premiers ! -Noël sur la terre !
Le chant des cieux, la marche des peuples ! Esclaves, ne maudissons pas la vie
" peut on lire dans "Matin"
Les cahiers de Douai
Cahiers est au pluriel, car il y a 2 cahiers
Premier Cahier, 15 poèmes
1. Première soirée 2. Sensation 3. Le Forgeron 4. Soleil et chair 5. Ophélie 6. Bal des pendus 7. Le Châtiment de Tartufe 8. Vénus anadyomène 9. Les réparties de Nina 10. A la musique 11. Les Effarés 12. Roman 13. «Morts de Quatre-vingt-douze» 14. Le mal 15. Rages de Césars
Deuxième Cahier 7 poèmes
1. Rêvé pour l'hiver 2. Le Dormeur du val 3Au Cabaret-Vert, cinq heures du soir 4. La Maline 5. L'Éclatante Victoire de Sarrebrück 6. Le Buffet 7. Ma Bohême

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